Saint-Chéron

Hiver 2002, Saint-Chéron, Essonne.

Paris, 7ème sans ascenseur, les ouvriers qui arrachent le plancher de l’étage ne sont pas encore derrière ma porte, il est encore trop tôt; il fait encore nuit pour quelques heures. Je remplis une bouteille thermos de chocolat chaud, isole mes plaques de cuivre fraîchement vernies et rejoins à pied la gare des Invalides.

Une fois à l’intérieur du compartiment je mets du temps à me réchauffer. Mon regard interroge le paysage mouvant. Je suis parti au hasard, décidé à descendre du train quand j’apercevrais une nature pleine de promesses.

Je veux des horizons plats, emplis de vide. Une heure quinze plus tard je descends à Saint-Chéron à 38 kilomètres de Paris. Je grimpe jusqu’au bourg. Un bar est déjà ouvert. Le temps que je boive mon double café la salle s’emplit d’hommes en treillis armés de fusils de chasse. Les regards se font méfiants. Je quitte l’établissement avec maladresse et gagne la forêt, la neige et les sangliers.

Après deux heures de marche je m’arrête devant un arbre entouré par des champs de neige. Je sors ma plaque de cuivre de mon sac à dos et y grave ce que j’y vois dans le vernis. Au bout d’une trentaine de minutes mes doigts sont tellement engourdis par le froid que je ne parviens plus à tenir ma pointe à tracer. Je plie bagage et rentre sur Paris.

Je reviendrais souvent au cours de l’hiver 2002 graver cet arbre. Je tenterais d’autres trains , d’autres arbres sans y trouver le même intérêt.

Une fin d’après-midi alors que je revenais d’un de ces rendez-vous, j’ai voulu mordre immédiatement la plaque que je venais de tracer. Je décidais donc de passer la soirée dans l’atelier de gravure à l’école des Beaux-arts de Paris.

L’atelier donne sur la Seine, habituellement  baigné de lumière par de grandes fenêtres, vers 17 heures la luminosité avait suffisamment décliné pour que la pénombre commence à s’installer. Quelques minutes après avoir posé mes affaires,  j’envisageais de me doucher dans l’évier lorsque je remarquais à contre-jour un homme statique avec un sac plastique. C’était Gérard Traquandi, il observait les arbres sur l’autre rive. Après quelques échanges enthousiastes il m’encouragea à prendre part à un projet collectif de gravure autour du voyage. Je ne me souviens plus exactement des enjeux de ce projet mais il y a un portfolio qui a été imprimé et déposé à la BNF et dedans un de ces arbres.