Platz

07 décembre 2017, nuit.

Il me faut choisir le type de tente dans laquelle je vais construire mon paysage.

Avant de créer des objets et des environnements, je peignais des paysages. J’appliquais la couleur par aplat, des contours toujours plus nets. Je finis par utiliser un scalpel et de la peinture murale mais les toiles conservaient une matérialité qui continuait de m’exaspérer.
J’ai appris le batik, cette teinture par réserve à la cire. Le procédé me plut sur le plan théorique mais le rendu avait une matérialité encore plus présente que la peinture.

La couture me permet de peindre sans sortir de brosse.  La tente est un épiderme temporaire pour s’abriter lors des déplacements. Les terrains de camping deviennent des répertoires de formes inépuisables.

07 décembre 2017, Librairie La Compagnie, Paris 5ème.

Un monde de camps, Michel Agier, La Découverte, 2014.

Je dors peu. Levé tôt, je me rends à la librairie La Compagnie et j’attends que le rideau s’ouvre. Je m’empare des 6 tomes de l’histoire des mœurs.
Sur un rayonnage voisin je découvre « un monde de camps ». Michel Agier a réuni une vingtaine de monographies qui forment une sorte de tour du monde des camps.

10 décembre 2017, Decathlon Rosa Parks, Paris 19ème.

Je me rends chez Decathlon et me procure une tente Quechua. Je choisis un modèle autoportant du type de celles fournies par les ONG aux réfugiés en transit dans les villes. C’est un marqueur fort de l’espace urbain que les états s’efforcent de rendre invisible.

Une fois déployée dans l’atelier, je me rends compte que son aspect informe et sa structure molle ne pouvait pas devenir un bon contenant pour une projection paysagère.

16 décembre 2017, espace Mondial Relay, rue Saint-Maur, Paris 11ème.

Je vais récupérer mon colis arrivé la veille. J’ai commandé une tente tchèque de la marque Husky. Sa structure biomimétique s’inspire des nervures d’une feuille. C’est une tente technique pour la pratique de l’alpinisme et de la grande randonnée. C’est aussi une sculpture minimale remarquable. Je suis convaincu avant même d’avoir planté la moindre sardine.