Agrégat

2004, amphithéâtre du mûrier, Beaux-arts de Paris.

Je me suis inscrit à un cours de littérature qui mélange à la fois lecture et écriture.
Aujourd’hui François Bon nous parle de lits, celui de Proust, celui de Xavier de Maistre. Nous devons dresser la liste des lieux où l’on a dormi. L’exercice me séduit.

En sortant du cours je vais acheter à La Hune un exemplaire du « voyage autour de ma chambre » de Xavier de Maistre. Il s’agit de l’édition de José Corti, un petit volume non coupé, chaque page nécessite d’être séparée par une lame pour pouvoir ouvrir les feuillets.
Récit paru à la fin du dix-huitième siècle, un jeune officier mis aux arrêts pendant une quarantaine de jours entreprend un voyage épique autour de sa chambre utilisant le mobilier comme des éléments topographiques. La chaise devient montagne, le lit devient vallée.

Je découvre également les illustrations que Gustave Doré réalise en 1854 pour « le voyage aux Pyrénées » d’Hippolyte Taine. Gustave Doré n’a jamais vu les Pyrénées, ses illustrations n’en sont que plus réalistes à mes yeux.

6 décembre 2017, galerie 3, Cosmopolis, Centre Pompidou

Ma chaise est placée dos à la baie vitrée, à gauche des hamacs colorés suspendus à des supports métalliques blancs et à droite se trouve une cimaise haute de 3 mètres. Une carte du monde selon la projection de Peters est collée dessus. On peut y observer la corrélation entre la localisation des ressources naturelles des pays et les zones de conflits armés.

Quel paysage représenter dans cette tente?
Il me faut de la terre. Je peux m’en procurer chez un fournisseur de matériaux de construction en quantité suffisante pour reconstituer un sol de façon naturaliste. Je pourrais choisir de représenter le territoire dont la terre est extraite.

Serait-il possible de voyager par le biais des péniches qui fournissent les agences de BTP en remontant la Seine ?
Je contacte par courrier électronique Point P et le marché de Rungis afin de savoir s’ils auraient de la terre ou du sable extra-européen à me fournir. Point P ne répondra jamais et Rungis détourne la question.

Je découvre que la provenance de la terre et du sable est un sujet sensible. La réglementation est ferme : le sol ne peut pas sortir des frontières. Les usages quant à eux, varient selon les états, le dernier scandale impliquant Lafarge en Syrie en témoigne. Ce n’est pas un fait isolé.

Il semble que nous ayons plus de facilités à accueillir le sol des Syriens que des Syriens sur notre sol.