4m²

 05 décembre 2017, rue du Marché Popincourt, Paris.

J’habite depuis neuf mois dans le onzième arrondissement dans un appartement que les Frères Cohen pourraient louer à Gordon Matta Clark. La surface est agréable, le loyer modique, voisinage impersonnel et le balcon verdoyant. Le propriétaire n’y fait aucune réparation. En contrepartie de quoi le loyer reste inchangé depuis quinze ans.

J’ai commencé par refaire la salle de bain. J’aime cette pièce. C’est là que les idées se condensent à mesure que l’espace s’emplit de vapeur.
Le seul rescapé des travaux est le rideau de douche : translucide et peu attaqué par les champignons; un planisphère y est représenté.
C’est un objet fascinant, paroi mobile, il isole le reste de la pièce d’éventuelles projections liquides et constitue un outil essentiel de la théâtralisation du quotidien. Avec son motif de carte du monde, il se charge d’un pouvoir de projection, il parvient à faire s’effleurer des mondes intimes et géopolitiques dans un rituel hygiéniste.

C’est dans ce condensat géopolitique que [random] a émergé à la faveur d’un simple constat.

Le soir venu, lorsque je monte ma tente, il y a toujours un peu de terre du précédent bivouac qui s’est retrouvé emprisonnée dans le tapis de sol. Un déplacement de surface au sol s’opère avec des distances et des temporalités variées. L’encombrement lié à l’édification d’un dôme standard avoisine les 4m². Lors de l’itinérance, cette superficie effectue des déplacements successifs, un peu à la manière de pas japonais.

Ce déplacement m’enthousiasme, je vais tâcher d’inverser la ligne de fuite et représenter un paysage à l’intérieur d’une tente.